Deux journées de stage avec Ose et Fais

Impression et sérigraphie sur tissu, Juliette Eckel Cours des lundi et mardi 29 et 30 juin 2011

C’est déjà une petite ascension, sortir du trafic de Crissier, s’engager sur une petite route boisée, savourer le vert ambiant du Bois Genoud. Puis s’ouvre quelque chose comme une clairière, une belle demeure domine un parc ; la journée s’annonce chaude et rayonnante ; le calme des lieux semble propice à la création, aux couleurs, au souffle. On pénètre alors dans le hall d’entrée, à l’étage où se trouvent les deux salles de cours, on perçoit l’agitation gaie des professeurs et de l’organisatrice Christiane Studer autour des derniers préparatifs. On pointe le bout de son nez dans la pièce où aura lieu l’atelier de Juliette Eckel : le sol est bleu, recouvert de bâches, les pots de teinture sont alignés, les seaux attendent qu’on y plonge quelque mixture, différents objets inconnus ou incongrus parcourent la table de l’artiste. Sourire : il y aura des mélanges à concocter, des matériaux à explorer, les coulures, on en aura plein les mains – on se réjouit comme des enfants. Les tables sont disposées de manière aérée, les fenêtres sont grande ouvertes, les corbeilles et sacs débordant de matériel des participantes viennent s’accumuler.

On se réunit alors autour d’un café de bienvenue sur la bucolique terrasse de la demeure, on se présente les unes aux autres, certaines se connaissent déjà, d’autres par réseau de connaissances, d’autres encore sont venues en cavalier seul. Christiane Studer ouvre les festivités sous la griffe d’Ose Fais : faites-vous du bien, osez expérimenter sans crainte, ce terrain-ci est celui de votre créativité, alors laissez-là galoper. Les deux artistes enseignantes se présentent, Valérie Goodwin en anglais, secondée par une traductrice. Le coup d’envoi est lancé : dispersion générale et rendez-vous dans les salles de cours.

Chacune des onze femmes du groupe est invitée à se présenter. On se met à l’aise, on parle de son activité créatrice, de ses attentes par rapport au cours. Premier étonnement joyeux : toutes les participantes ont des profils différents, les unes s’adonnent à l’art textile, dans une forme classique ou plus contemporaine, les autres pratiquent la teinture sur tissus, d’autres encore n’ont jamais touché à la matière textile, veulent s’ouvrir à de nouveaux horizons créatifs et artistiques. Le ton est donné : il s’agit ici de partir d’où l’on est, sans qu’aucune connaissance spécifique préalable ne soit requise, pour se donner de nouvelles perspectives, des moyens d’expression inédits. Le travail proposé est plus que réjouissant, puisque nos créations se réaliseront sur un double niveau : la teinture, puis l’impression.

S’ouvre alors la première phase du travail : la teinture du tissu. Nous sortons de nos corbeilles des tissus blancs, en découpons autant de pièces rectangulaires qu’il nous sera nécessaire pour la réalisation de nos inspirations. Nous trempons nos tissus dans les seaux remplis de soda (soude) pour fixer la couleur à venir. Après essorage, nous y sommes : nous saisissons les bocaux de teinture au procion, nos pinceaux et imprégnons nos tissus au gré de nos envies. Après séchage, la deuxième phase, plus précise, plus créatrice s’amorce, et c’est ici que les diverses curiosités alignées sur la table de Juliette Eckel font leur apparition : pochoirs, filtres pour imprimer des motifs ou des textes, linoléum gravé, gélatine durcie pour déposer une empreinte de feuilles, de clés ou tout autre objet présentant des reliefs… Sur deux jours, nous nous laissons porter selon ce que nous murmurent les objets, les dégradés et les surprises lorsque le tissu sèche et révèle toutes ses teintes. Oui, nous ressemblons un peu à des enfants, les doigts colorés, enjoués autour de toutes ces couleurs qui dansent. Nous nous réjouissons de nos productions inattendues ou rions de nos ratages, nous faisons la queue au lavabo pour nettoyer nos instruments, nous échangeons nos couleurs et nos outils comme nos impressions.

Au terme des deux jours de cours, nous sommes un peu étourdies par le nombre de techniques proposées, mais nos choix sont sans doute faits : certains effets nous ont séduites, d’autres moins, chacune de nous sait alors quelle voie elle aura envie d’approfondir. Nous présentons toutes nos tissus, en commentons la réalisation et le résultat. Juliette Eckel souligne alors ce que nous ne voyons parfois pas : certaines pièces sont des tableaux en soi, d’autres peuvent paraître moins abouties dans l’ensemble, mais un coin, une tache, un motif ressort, qui sera invité à être intégré à un tableau, ou à être retravaillé. La question des perspectives, de la profondeur donnée au tissu semble apparaître comme un point central de la technique artistique proposée par Juliette Eckel : les superpositions se jouent aussi bien au niveau des couleurs, des motifs, des mouvements que des matériaux utilisés. L’effet obtenu invite le regard à chercher, à entrer dans la matière, à y chercher ses mystères. Au sortir du cours, ce sont les possibilités de création qui nous habitent, les chemins à parcourir. Olivia Studer

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